Le domaine de la beauté est considéré à tort, par certaines personnes, comme superficiel et futile.
Quand bien même cela serait vrai, en quoi s’agirait-il d’un problème ?
Après tout, personne ne consacre l’intégralité de son temps libre à philosopher ou à étudier des questions métaphysiques -à part certains génies.
D’ailleurs, une telle réflexion me fait sourire : il est malheureux de constater que la futilité est souvent associée aux centres d’intérêts « typiquement féminins« . C’est un peu court !
Plus sérieusement, les bénéfices associés aux soins de beauté dépassent ceux d’une simple « mise en valeur ». Dans certains cas, ils prennent une dimension thérapeutique.
Ils participent à la reconstruction de notre estime de soi, de notre identité, de notre corps, après une épreuve ou un accident de la vie.
C’est ce dont j’ai envie de vous parler en détail, dans cet article plus personnel. Un peu comme un hommage au fait de prendre soin de soi -gestes qui ne se limitent effectivement pas à l’esthétique. Il s’agit aussi d‘un message que je souhaiterais délivrer : l’essence de blog.
Pourquoi les soins de beauté sont-ils des facteurs de résilience ? En quoi nous aident-ils à surmonter des périodes difficiles dans notre vie ? Comment nous permettent-ils de nous réconcilier avec notre corps, dans la maladie ? Quels sont leurs bénéfices d’un point de vue psychologique ?
Restaurer l’estime de soi après des épreuves

Masser son corps, utiliser des senteurs agréables, appliquer un masque ou se maquiller n’est pas seulement source de bienfaits physiques. Ces gestes agissent sur notre psyché.
Ils nous reconnectent à notre corps, souvent malmené après une période de souffrance. Prendre soin de soi devient ainsi une manière de se réapproprier son image et de se dire : « Je compte, je mérite ce moment.«
Certains changements symbolisent notre reconstruction, à la fois intérieure mais aussi physique. Ils la matérialisent, en ce qu’elle devient visible.
Le mental passe par l’image ou la représentation. Les soins esthétiques sont donc loin d’être superficiels, en ce qu’ils participent à la réappropriation de notre identité. Surtout après des épreuves marquantes, qui nous transforment à tout jamais.
Apprendre à s’aimer grâce aux soins de beauté
Il est nécessaire d’agir envers soi, comme nous le ferions pour notre enfant.
C’est à dire prendre soin de soi, et respecter nos besoins. Personne d’autre que nous-même ne veillera autant à notre bien-être. Être sa meilleure amie ou « son propre parent« .
Prendre soin de soi est une véritable discipline
Au fil du temps, j’ai compris un autre principe fondamental : prendre soin de soi s’apprend et se pratique comme une véritable discipline.
Ces gestes ne reposent pas sur la motivation (trop fluctuante). Ils ne reposent pas non plus sur l’estime de soi (variable en fonction des circonstances ou des périodes). Ils ne sont pas mus par l’envie ou le désir (trop éphémères).
Ils s’ancrent dans une routine, un rendez-vous avec soi-même, comme un devoir.
Commencez par un geste simple quotidiennement : peigner ses cheveux, appliquer un masque après chaque shampoing, mettre un peu de rouge à lèvre, hydrater sa peau, etc. Peu importe, finalement.
Ce sont la régularité et la répétition de ces gestes, qui amorcent un véritable changement de paradigme. Un changement de regard sur soi.

Brianna Wiest résume très bien cette idée sous le terme de « microrévolution » dans son essai :
« Comme l’a formulé l’auteur et spécialiste des médias Ryan Holiday, les révélations soudaines ne changent pas le cours d’une existence. Ce ne sont pas les moments d’action radicale qui ont sur nous les effets les plus profonds et durables, mais la restructuration de nos habitudes. […]
Ces infimes ajustements se traduisent par de minuscules aménagements apportés à notre quotidien. […]
Vos actions de tous les jours posent les fondements de votre qualité de vie et de votre réussite. Que vous ayez envie ou non d’agir, l’important est de le faire. […]
Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais l’effet de vos actions s’accumule. »Brianna WIEST, La Montagne c’est toi, Le Courrier du livre, Paris, 2020 (p. 102-103)
Je discerne une autre vertu à la répétition de petits gestes, ou à la mise en place de routines : un repère face aux évènements ou aux épreuves de la vie, qui nous chamboulent.
Ces repères nous aident à cultiver une certaine force intérieure.
Cela rejoint ce que l’on appelle « le pouvoir des habitudes« .
S’apporter du réconfort pour se réapproprier son corps

Corps et esprit sont indissociables.
Lorsque notre corps est meurtri, notre esprit l’est tout autant, si ce n’est plus…
Or, les gestes de l’univers de la beauté réconcilient ces deux parties de notre être.
Surmonter une épreuve physiquement et psychologiquement traumatisante
Au fil du temps, ces rituels s’installent comme un devoir. Et développer ce devoir envers soi-même consiste à mesurer sa propre valeur.
Grâce à cet engagement, j’ai (plus) rapidement fais la paix avec mon corps après une lourde épreuve. Je me le suis réapproprié.
J’ai découvert de nouveaux soins, avec tout le plaisir que me procurent ces moments.
Je me suis autorisée à restaurer mon image (ma perception) uniquement pour moi-même et non pour le regard des autres. Et finalement, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau.
Et c’est ainsi que l’on devient disponible pour les autres, pour reprendre le cours de sa vie, pour affronter les épreuves suivantes.
Je crois que nous sommes nombreux et et nombreuses à nous reconstruire moralement (émotionnellement) grâce à la médecine esthétique -avec un recours raisonné et modéré.
Reconstruire son identité ou repartir sur de nouvelles bases

Il est bon de laisser ainsi le passé dernière soi -et tout ce qui symbolise ce passé.
Comment ne pas songer aux cheveux ? Un adage populaire dit que les femmes changent de coupe ou de couleur, après une rupture. Parce qu’elles auraient besoin de se réinventer.
Aujourd’hui, on parle même de la « mémoire des cheveux« , pour tous les souvenirs qu’ils contiendraient, parce que nous avons vécu certains évènements avec telle longueur.
Accompagner la résilience par le changement physique
Nous sommes des êtres visuels. L’intérêt des hommes et des femmes pour des domaines tels que la mode, la décoration, l’Art, l’architecture, la gastronomie, etc. le démontre.
L’esthétique découle d’un ensemble de règles qui visent à créer une certaine harmonie.
Changer donne aussi le sentiment d’avancer dans sa vie.
Les soins capillaires ou esthétiques n’accompagnent-ils pas ainsi l’impulsion dont nous aurions besoin ? Sans parler de cette nouvelle confiance en soi, qui pousse à agir.
Certains gestes de beauté aident à façonner notre identité, ne serait-ce qu’à partir de représentations visuelles.
Voici deux principes que l’expérience m’a appris.
L’image que l’on renvoie détermine notre attitude (et celle des autres).

Une transformation n’aboutit évidemment pas à une reconstruction du jour au lendemain.
Par exemple, il est erroné de croire qu’une émission de relooking va transformer la vie d’une personne, une fois rentrée chez elle.
En revanche, contempler un autre reflet et se surprendre, favorisent la redécouverte de soi. On se voit différemment. On constate combien certaines tenues nous siéent, et l’image nous plaît (ou non).
J’ajouterai que notre comportement dépend naturellement de notre style vestimentaire, langage non verbal, communication, regard, posture… Ils transmettent un message. Ce qui influence l’attitude d’autrui à notre égard.
Comme le souligne Hanna Gas, la fondatrice d’Apprendre les bonnes manières, nous ne nous asseyons pas, nous ne bougeons pas et nous ne nous comportons pas de la même manière, lorsque nous portons une robe ou un pantalon.
Nous aimons bien croire que « l’habit ne fait pas le moine« , mais hélas ! Les êtres humains jugent sur l’apparence… non pas pour critiquer, mais par mécanisme de défense. Pour décrypter les intentions. « A qui ai-je à faire ? » La première impression serait déterminée en trois secondes.
J’ai également remarqué que nous laissons les autres nous traiter de la manière dont nous pensons le mériter.
Si nous ne nous respectons pas, nous risquons de tolérer des violences psychologiques ou verbales.
Investir en soi : augmenter sa propre valeur
Il en résulte un autre principe fondamental à mon sens : investir en soi, c’est augmenter notre propre valeur (à nos yeux).
ici, il n’est pas seulement question de soins esthétiques, mais aussi d’éducation, de formation, d’acquisition de compétences. Lorsque l’on investi en soi, l’on se considère, ensuite, différemment. Notre estime de soi augmente.
Et l’on ne laisse plus qui que ce soit diminuer notre « valeur » ou nous maltraiter.
C’est pour cela que la coiffure, la coloration, le skincare, les soins du corps, et autres, facilitent un processus, lorsque l’on aspire à mettre en place nos résolutions.
Une période se termine, une nouvelle débute.
Faire la paix avec son corps en cas de maladies

J’aimerais évoquer ici notre rapport au corps, lorsque nous subissons une maladie grave (chronique, auto-immune, inflammatoire, mentale), un cancer, un accident, ou toute autre forme de douleurs ou de difficultés, jusqu’aux handicaps invisibles ou non.
Bref, toute épreuve qui affecte notre corps et nécessite parfois des traitements lourds, avec des effets secondaires pénibles.
Je souffre de maladies auto-immunes qui me placent en situation de handicap invisible. Mon apparence physique ne traduit pas ce qui se passe dans mon corps, et le stade de mes pathologies.
Mais je ne souhaite surtout pas que cela devienne visible et les soins m’aident aussi pour cette raison.
Je ne réduis pas mon corps à la douleur, et à des symptômes pénibles. J’ai envie de prendre du plaisir grâce à lui, me sentir belle.
Cultiver ma « féminité » grâce à l’univers de la beauté me réconcilie avec ces « dysfonctionnement ».
Quand la maladie marque le corps

Ces bouleversements nous arrachent notre « vie d’avant ». Ils exigent le deuil de la personne que l’on fut, de ses capacités, de ses activités, de ses rêves.
Parfois, des « proches » s’éloignent et la souffrance s’accompagne de la solitude (rupture, divorce…). Notre façon de concevoir la vie change à tout jamais.
Notre corps aussi subit généralement des modifications : prise de poids, perte de poids, problèmes de peau, perte de cheveux, etc. Et si rien n’est perceptible au premier regard, cela ne signifie pas que la douleur est moindre -ou les maladies moins graves.
En tout cas, notre rapport au corps change réellement :
- La conception de notre corps : on découvre parfois une nouvelle image que ce soit dans le miroir ou à travers le regard des autres. Il s’agit d’une transformation non souhaitée, l’empreinte visible de la maladie ou du handicap.
- La relation à notre corps : il est normal de ressentir une forme de trahison envers ce véhicule, censé nous porter… De ressentir une forme de dégout, de la colère voire du rejet. Le corps devient source de maux.
J’ai connu ces deux étapes.
Comment la maladie a changé la conception de mon corps

A l’âge de quatorze ans, j’ai été diagnostiquée porteuse d’une hépatite auto-immune à un stade très avancé.
Afin d’éviter une greffe du foie en urgence, un traitement lourd a tout de suite été administré.
Pendant plusieurs mois, j’ai notamment pris des doses très élevées de corticoïdes (80 mg pour 40 kg).
Même avec un régime sans sel, une dose aussi élevée provoque de la rétention d’eau et une acnée sévère. J’étais donc défigurée.
Mon premier geste dès le réveil était de tâter mon visage pour compter le nombre de boutons apparus durant la nuit. En général, j’en comptais une trentaine.
Les enfants et les adolescents ont une capacité de résilience assez extraordinaire.
Sur le moment, j’ai plutôt bien vécu la situation, car j’étais heureuse d’avoir échappé au pire. Au collège, j’ai subi le rejet, les moqueries et un léger harcèlement sur mon physique de « malade ».
Au bout d’un an, le traitement a été diminué, et ces effets secondaires ont disparus : j’ai retrouvé ma morphologie et j’ai eu moins d’acné.
A cette époque, je n’avais pas conscience des séquelles qu’une telle épreuve allait provoquer.
Pendant une dizaine d’année, j’ai souffert de dépression sévère, et j’ai gardé une forme de dysmorphophobie au sujet de ma peau.
Longtemps, j’étais paniquée par le moindre bouton d’acné. Lorsque je me regardais dans le miroir, je voyais comme des plaques rouges sur mes joues lisses. Elles n’existaient pas… sauf en filigrane de la réalité.
Les soins skincare m’ont énormément aidé pour atténuer mes cicatrices… et réajuster mon regard au présent, au réel.
Comment la maladie a changé ma relation au corps
Il y a quelques années, j’ai été diagnostiquée avec une rectocolite hémorragique. J’ai été hospitalisée en urgence, échappant de peu à une stomie. La convalescence a duré plusieurs mois.
Malgré le traitement, je subis encore de nombreux symptômes au quotidien.
Mieux armée psychologiquement à l’âge de 37 ans que de 14 ans, j’ai beaucoup réfléchi à la question de la relation au corps.
Il était une entrave. Une source d’embarras et de douleurs.
J’ai donc travaillé à retrouver du plaisir avec mon corps. L’alimentation a joué un rôle crucial : cuisiner, se régaler.
Et puis, est venu le plaisir de l’activité physique, avec de longues marches dans la nature.
Les soins beauté m’ont aidé à redécouvrir le plaisir sensoriel, de se « chouchouter », de se réconforter, et de retrouver un sentiment de féminité.

Une amie m’a recommandé lire le témoignage de Claire Marin, et ce passage m’a particulièrement touchée :
« JE CONSTATE l’avancée de la démolition. De ma démolition. je fais le compte des territoires perdus ou en voie de l’être. J’observe les rapines nocturnes. Pendant la nuit, la douleur attaque et dérobe la souplesse d’une cheville ou d’un poignet. Les gestes simples cessent de l’être. Les choses se compliquent.
Une autre vie apparaît. Comme par érosion. Elle efface mes repères du passé. […]
Je suis face à ma propre déconstruction. Ce n’est pas un concept philosophique abstrait, séduisant, c’est la désagrégation discrète d’un corps et d’une conscience qui ne peut qu’en constater la progression inéluctable. […] Pas de corps comme support, pas de port d’attache, pas d’appui. Se méfier. Et surtout de soi. »Claire MARIN, Hors de moi, Editions Allia, Paris 2008. (p. 6-7)
A propos de cette lecture, je vous invite à visionner la vidéo de Glie Factory, « La souffrance des personnes malades« .
Dans la maladie, il n’est pas rare de perdre confiance en son propre corps. De considérer son corps comme un ennemi, parce qu’il devient le territoire de la maladie.
Reprendre le pouvoir sur notre apparence

Voici l’une des (nombreuses) raisons pour lesquelles les soins esthétiques et anti-âge me passionnent autant : ne pas laisser la maladie s’imprimer visiblement sur mon corps. Ne pas la laisser me définir.
Je ne souhaite pas que ses stigmates deviennent visibles : perte de poids, joues creusées, rides, air fatigué, « prendre un coup de vieux », avoir la jaunisse, fonte musculaire, ascite, chute de cheveux, etc. sont les potentiels dommages collatéraux de mes pathologies auto-immunes.
J’ai la chance de ne pas en être marquée. Que tout cela reste invisible.
Je ne veux pas me regarder dans le miroir, et me trouver « une tête de malade« .
C’est aussi pour cela qu‘une vidéo de Laurette a fait écho avec mes pensées : « Ma tête de malade, c’est fini ! Je me relooke en me confiant…«
Je songe encore aux mots de Claire Marin, sur la transformation physique subie à cause de la maladie :
« »Comme le morceau de cire sous la chaleur, je vais perdre mon opacité et devenir translucide, mes veines sont déjà visibles sous la peau amincie par les corticoïdes. » (p. 15)
« Je peux suivre sous ma peau mes cercles blancs de mes côtes sur la radio, le creux de mes hanches, mes tibias, le bombé de mon thorax. Il n’y a pas de tromperie. Je reconnais mon corps malade. […] On trouve sans doute que mon visage a grossi et s’est affaissé (corticoïdes), que je me laisse aller, que ma chair est molle (fonte musculaire, effet secondaire du traitement de fond), que j’ai l’air fatigué (sommeil perturbé par les crises), que je suis irritable, asociale, égoïste. » (p.28)
Claire MARIN, Hors de moi, Éditions Allia, Paris, 2008.
Reprendre le pouvoir sur l’image de notre corps
S’acheter une collection de rouges à lèvres de luxe, prendre plaisir à se maquiller, parer son visage de couleurs,… n’ont rien de gestes futiles. Ce sont des facteurs de résilience.
En cas de perte de cheveux, le recours aux perruques, turbans ou foulards devient une solution à la fois esthétique… et émotionnelle.
Lorsque l’on ressent le besoin de couvrir sa tête, loin de n’être que des outils pratiques, ces accessoires aident à conserver une image positive de soi et à affronter le regard des autres.
Si maladie apporte des transformations non désirées, les soins esthétiques peuvent devenir, en plus d’un accompagnement psychologique, un moyen de reprendre le contrôle. De décider, aussi, de notre image.
Au yeux des autres et de notre propre perception, il s’agit d’un moyen de ne pas être caractérisé par la maladie.
Je sais que la médecine esthétique n’est pas recommandée en cas de pathologie auto-immunes (et encore, tout dépend desquelles…). Mais je choisis d’y avoir recours, parce que je refuse par exemple d’avoir l’air fatiguée ou amaigrie « à cause de la maladie ».
Les soins esthétiques pour renouer une relation avec son corps

Dans ces moments-là, il devient salvateur de s’adonner à un passe temps prétendument superficiel, sans aucun jugement négatif. Oui, le superficiel représente l’apparence, le visible.
En ayant de beaux cheveux, brillants, ou encore un teint lumineux, mais aussi un joli maquillage, une nouvelle coiffure, une coloration flamboyante, que sais-je, l’on se raccroche à la vie. C’est un élan vital.
L’intérêt des soins socio-esthétiques dans les hôpitaux
Les bienfaits des soins beauté sont tellement reconnus, que des ateliers de socio-esthétiques ont organisés dans certains hôpitaux.
Ces séances incluent des soins hydratants, des conseils de maquillage correcteur ou encore des massages.
Elles n’ont pas seulement vocation à distraire les patients, ou à leur offrir un moment de détente. Elle les aide à se reconnecter avec une part d’eux-mêmes ou une dignité parfois mise à mal par la maladie.
Lorsque l’on est hospitalisé ou que l’on souffre d’une maladie chronique, on subit beaucoup de rendez-vous médicaux : consultations et examens plus ou moins invasifs. On abandonne toute pudeur. Le corps est dévêtu, exposé, palpé et manipulé, par des dizaines de médecins ou étudiants.
Dans ces moments-là, notre identité se réduit à la maladie.
D’ailleurs, entre eux, certains soignants désignent les patients, selon le contexte, par l’organe ou la pathologie qui les caractérise. Il ne s’agit pas d’un manque de respect, mais d’un regard purement médical ou scientifique sur un grand nombre de cas qui défilent tout au long de leur journée. De notre point vue, en tant que patient, l’on se sent parfois objectifiés.
En plus d’accompagner les personnes dans la gestion des effets secondaires, les soins socio-esthéticiens rendent alors la possibilité de considérer autrement son corps.
On retrouve une humanité ou une personnalité.
Des soins spécifiques lorsque l’on lutte contre le cancer
Lorsque l’on lutte contre le cancer, l’on affronte aussi des traitements médicaux très lourds, comme la chimiothérapie et la radiothérapie.
D’un point de vue esthétique, ils provoquent aussi des effets secondaires : peau très sèche, hypersensible, chute de cheveux, etc. Il faut aussi éviter toute exposition au soleil.
Les cosmétiques lambdas ne sont parfois pas adaptées. Par exemple, la peau réclame une hydratation plus profonde, des composition hypoallergéniques, et des filtres solaires plus puissants.
Aussi, certaines marques ont développé des cosmétiques adaptés aux traitements contre le cancer (Ozalys, Même, AK Secure, La Roche-Posay, Avène, etc.). Ils répondent à des problèmes spécifiques.
S’offrir un cadeau pour contrer la douleur physique (et morale)

Après ses séances de chimiothérapie extrêmement éprouvantes pour lutter contre son cancer du sein, la Youtubeuse Laurette, qui documente son parcours, a décidé de s’offrir un superbe foulard (Hermès) afin de protéger son cuir chevelu. Sa vidéo s’intitule « Après ma chimio, je me suis fais un cadeau« .
Bien que je ne souffre pas d’un cancer mais de maladies auto-immunes, je me suis totalement identifiée à sa démarche !
Lorsque j’étais hospitalisée, au plus mal, j’attachais une importance particulière à ma trousse de beauté.
J’avais acheté un sérum de luxe, que je désirais depuis bien longtemps (le EGF Power serum de BioEffect).
Je me suis achetée la belle robe, que je rêvais de porter.
Se faire de tels cadeaux (il y en a beaucoup d’autres, comme se cuisiner un bon plat, etc.), c’est cultiver l’amour de soi.
Pléthore d’études ont démonté combien le moral est essentiel pour la guérison ! Notre état d’esprit joue un rôle fondamental.
Le Docteur Lallement, auteur de Les Clés de l’alimentation santé met deux faits en exergue :
- un bon moral influence la manière dont le corps se bat pour atteindre la rémission ;
- l’efficacité du traitement augmente lorsque le patient s’implique (psychologiquement)
Dans ces moments-là, il est important de s’offrir le meilleur pour ne pas laisser la maladie « gagner ». D’écouter l’envie de se récompenser. L’envie de s’encourager et de se réconforter.
l’entourage est rarement au fait des besoins réels d’un malade… mais n’est-on (de toute façon) pas toujours mieux servis par soi-même ?
Oui, le réconfort passe aussi par l’esthétique ou les soins beauté, parce qu’ils répondent aux douleurs vécues dans la chair.
Les soins beauté pour dépasser ses complexes

Une autre source de résilience grâce aux soins esthétique concerne les complexes.
En effet, un complexe physique peut nous pourrir la vie… au point de nécessiter un travail thérapeutique ou psychologique afin de le dépasser.
Néanmoins, dans certains cas, il ne s’agit pas que de perception. Pourquoi s’abstenir aussi d’agir directement sur la cause du problème ? Tout ne se situe pas que « dans la tête ».
Utilisée avec modération, la médecine ou la chirurgie esthétique peuvent changer la vie. Je ne vais pas écrire ici une apologie de ces pratiques. Chacun fait bien ce qu’il veut ! En revanche, je ne comprends pas pourquoi leur recours suscite autant de critiques.
Se plaire physiquement pour regagner confiance en soi
Les complexes physiques ne se limitent pas à la sphère psychologique. Ils ne relèvent pas nécessairement d’une dysmorphophobie.
Certains traits sont d’origine naturelle (génétique) tandis que d’autres apparaissent à la suite d’un événement. Quoiqu’il en soi, ils peuvent affecter profondément l’estime de soi.
Les dérives des réseaux sociaux et les images irréalistes
On pointe souvent l’influence des réseaux sociaux à ce sujet.
Ils diffusent une image peu réaliste des physiques féminins, améliorés avec des filtres. Les plus jeunes développent malheureusement des complexes non fondés, qui s’apparentent plutôt à des fixations.
Par exemple, avoir des pores visibles sur la peau du visage. Le sujet avait pris tant d’ampleur à une époque, que des vidéos montraient alors la réalité, sans filtre ni maquillage -et les pores.
Des chirurgiens esthétiques dénonçaient également le fait que de plus en plus de jeunes femmes arrivent dans leur cabinet et leur demandent des opérations afin de ressembler à la version d’elle-même… avec des filtres.
Heureusement, les internautes prennent de plus en plus le contrepieds de ces extrêmes. Des marques ou des magazines féminins promeuvent aussi des photos de leurs modèles « sans retouches ». On normalise la cellulite, les rondeurs, les bourrelets, les poils, les rides, etc.
Un moyen d’en finir avec ses complexes
Aujourd’hui, le maquillage permanent se démocratise. Avec la dermopigmentation, adieu les sourcils ratés, dessinés différemment d’un jour à l’autre ! Je trouve cela formidable.
De la même manière, la médecine esthétique permet de corriger des cernes trop creuses, des lèvres trop fines, ou encore la forme du nez, sans recourir à des opérations plus lourdes. En quoi serait-il futile de répondre à une souffrance ?
Lorsqu’elles sont pratiquées avec éthique et modération, ces interventions ne visent pas à transformer un visage ou un corps, mais à restaurer une harmonie. Elles permettent de dépasser un mal-être pour retrouver une confiance intérieure… et extérieure.
Parfois, c’est le coup de pouce attendu pour agir et réaliser ses projets.
Le « beauty privilege » existe-t-il ?

Encore un concept anglophone ! Il s’agit évidemment d’une théorie, en ce qu’il est impossible de démontrer objectivement son existe ou non -ce qui ne signifie pas non plus qu’elle serait fausse. Le monde ne se réduit pas aux chiffres !
En tout cas, les femmes sont soumises à des diktats de beauté ou de normes esthétiques -qui touchent aussi de plus en plus les hommes.
Dans le film « Vilaine » réalisé par Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit, 2008, Mélanie souffrirait « du seul handicap qui ne soit pas remboursé par la sécu » : la supposée laideur.
En réalité, comme dans la majorité des cas, il suffit de bien s’arranger : vêtement, coiffure, maquillage… d’où le caractère peu crédibles de films tels que « She’s All That » (1999).
Ce teen movie met en scène le modèle d’une (jolie) jeune fille moquée par ses camarades de lycée, à cause de ses grosses lunettes rondes et de sa salopette. Elle se « transforme » grâce à une coupe de cheveux, une jolie robe et un peu de maquillage. Ainsi, le sex symbol du lycée tombe amoureux d’elle.
En Allemagne, l’équivalent se traduisait dans une série, « Le destin de Lisa ». Elle fut déclinée en version américaine, « Ulgly Betty ».
Nonobstant l’image de la femme qui est véhiculée avec ce type de scénario (être moche = échouer dans sa vie professionnelle… être belle = sortir avec son boss), on peut en tirer un enseignement.
Dans ce type de fiction, ce n’est pas le physique qui distingue l’archétype de la « fille moche » de celui de la « belle femme ».
En réalité, tout réside dans son attitude. La première parait hésitante, doute d’elle-même, se renferme, ne s’affirme pas… tandis qu’il émane de la seconde une aura plus charismatique, liée à l’estime de soi retrouvée.
Les soins anti-âge pour accepter la marche du temps
On pourrait reprocher aux soins anti-âge de stigmatiser le vieillissement, processus naturel qui concerne chacun d’entre nous, et exercer une pression supplémentaire sur les femmes.
Je ne partage pas ce point vue et j’avais énoncé quelques arguments dans mon article : comment je préserve ma peau à 37 ans ?
Je vais développer ici les raisons pour lesquelles les soins anti-âge m’ont, au contraire, aidé à accepter… de vieillir.
Il est vrai que la société (l’ensemble des représentations sociales) associe jeunesse et beauté. Cela est plutôt absurde. Peut-être s’agirait-il d’un regard masculin (pas tous les hommes) qui confond beauté et désir.
Se sentir en accord avec son âge

Il me semble impossible de comparer le visage et/ou le corps d’une jeune fille de vingt ans, avec le visage et/ou le corps d’une femme de quarante-cinq ans, par exemple.
L’une sort à peine de l’adolescence. Elle possède encore « les joues de son enfance ». Elle n’a pas de ride. Son regard reflète quelque chose de plus juvénile, que ce soit une forme d’innocence ou d’insouciance.
Une femme plus mûre aura théoriquement les traits un peu plus durs, des rides, un regard plus affirmé ou plus pénétrant, une démarche plus sûre d’elle, une taille moins fine si elle a eu des enfants…
Et non, tout ceci ne la rend pas moins belle.
Au contraire, je trouve qu’il émane quelque chose d’unique, chez les femmes de la quarantaine (et plus) : leur beauté se pare d’une aura de puissance, de force, d’expérience. Quelque chose de majestueux et d’élégant.
Quelques exemples

Je suis inspirée par certaines personnalités ayant la quarantaine, comme Amal Clooney. Il serait absurde de déclarer que Monica Bellucci, Vanessa Paradis, Paris Hilton, Adriana Karembeu,Halle Berry, Naomie Campbell, Angelina Jolie, Marion Cotillard, et bien d’autres ne sont plus de superbes femmes.
Certes, il s’agit de « stars » riches, qui ont peut-être eu recours à la chirurgie esthétique, qui sont parfaitement apprêtée devant l’objectif -bien que Jessica Alba et d’autres se montrent au naturel sur les réseaux sociaux.
Elles ont malgré tout leurs problèmes, du stress, travaillent dur, etc. Je ne cherche pas à établir de comparaison, mais à relever le fait que ces femmes sont aussi magnifiques (et séduisantes) aujourd’hui qu’à la vingtaine.
Réaliser cela m’a aidé à les prendre pour modèles (ou des modèles anonymes du même âge) plutôt que de chérir l’illusion que j’allais « faire plus jeune de dix ans » grâce à la médecine esthétique ou aux crèmes anti-rides.
Car ceci n’est pas la bonne démarche, à mon sens.
Comprendre l’intérêt des soins anti-âge (ce n’est pas de rajeunir)

Les soins anti-âge ne visent pas à remonter le temps -il faudrait plutôt trouver un portail ou une machine spatio-temporelle.
Il existe des raisons scientifiques à cela : le processus naturel de vieillissement est aussi complexe que multifactoriel.
Il ne se limite pas à une question de ride, de relâchement cutané, de tâches pigmentaires, de prise ou de perte de poids.
Toute notre ossature change, notre graisse faciale diminue, notre morphologie évolue.
Même un lifting ne nous rendra pas le même visage qu’à vingt-cinq ans, parce que nous n’avons plus la même structure.
C’est pour cela qu’un excès de chirurgie donne un résultat étrange… on ne peut plus donner d’âge à une personne car des signes visibles ont disparus (rides, sillons…) mais l’on perçoit bien qu’elle n’a pas vingt ans. Citons par exemple, le cas de Madonna, qui est pourtant une belle femme.
En fait, les soins anti-âge ont pour vocation de prodiguer à une peau plus mature ce dont elle a besoin, lorsqu’elle devient notamment plus sèche.
Leur intérêt réside dans la nécessité d’adapter notre routine à l’évolution de notre peau.
Il existe des problèmes spécifiques à chaque âge -en majorité, car on peut souffrir d’acné à la trentaine aussi.
Les cosmétiques anti-âge ont pour objectif pour maintenir dans le temps ou de conserver un potentiel.
Cela signifie qu’on ralentit un petit peu certains signes de vieillissement. On en atténue d’autre. Mais il convient bien évidemment de ne pas espérer de changement radical.
Et leur bénéfice me parait néanmoins bien réel, parce que ces soins anti-âge conviennent à notre type de peau -teint plus lumineux, peau plus souple, plus douce, rebondie, moins sèche, etc.
Les réseaux sociaux : libération ou pression sociale ?

La standardisation de la beauté ou de certains critères esthétiques a existé dans toutes les époques, bien avant l’apparition d’internet.
Citons par exemple le port des corsets, dont les formes changeaient en fonction des siècles. (NDLR : Il ne s’agissait pas « instruments de torture » comme on a tendance à dire aujourd’hui, mais c’est un autre sujet.)
De même, la mode féminine a évolué (crinolines, robes, mouches, coiffures, etc.) et masculine (noeuds, bas, parfums, perruques, poudres, souliers, etc.). Faute de médias, la Cour donnait le ton, la tendance à adopter.
Aujourd’hui, les femmes sont encore victimes de pression sociale : rester mince, jeune, maquillée, etc.
Les hommes la subissent aussi : injonctions à la virilité, masquer les émotions, style vestimentaire, muscles, etc.
Il est vrai que l’on observe une certaine uniformisation ou des modèles particulièrement populaires sur les réseaux sociaux. Il y a toujours des « dérives » et des éléments à déplorer, dans chaque domaine. Cela ne signifie pas que tout mérite d’être rejeté.
L’esprit critique s’acquiert avec une certaine maturité…
L’influence positive des réseaux sociaux sur la beauté
Les réseaux sociaux apportent aussi une influence positive en promouvant des beautés authentiques, loin de certains clichés, grâce aux communautés qui se forment. Je pense notamment aux Silver sisters et tous les mouvements qui décomplexent les femmes par rapport à leurs cheveux blancs.
De la même manière, toutes les morphologies sont mises en valeur -alors que le milieu du mannequinat a encore des « efforts » à faire pour représenter la réalité et la diversité des corps.
Mais peut-être n’est-ce pas aussi sa fonction, dans la mesure où sur les podiums, les mannequins « s’effacent » pour présenter les créations.
En revanche, sur les réseaux sociaux, chacun peut s’exprimer librement. Même si certains aspects sont contestables, le mouvement body positive a encouragé la mise en avant de modèles différents, dans des sphères plus officielles.
Certaines marques de mode ont cessé de retoucher leurs photos -H&M par exemple. D’autres, privilégient des modèles représentatifs de toutes les morphologies et âges -Dove par exemple.
Conclusion

Prendre soin de soi ne se limite pas à une dimension cosmétique ou esthétique.
Demandez-vous quels sont tous les gestes que vous effectuez, pour vous apporter du bien-être, pour veiller à votre santé, pour respecter vos besoins et vos valeurs. Cuisiner les plats que vous aimez ? Garder votre logement propre et ordonné ? Vous offrir ce vêtement dont vous aviez envie ? Partie en vacance ? Passer du temps entre amis ou avec vos animaux ? etc.
En plus de tout cela, les soins de beauté apportent une dimension charnelle. Oui, ils nous obligent à prendre un petit peu de temps, dans des journées déjà (trop) chargées.
Ils nous invitent à chouchouter ce corps, parfois malmené ou ignoré.
Ils nous obligent à nous accorder de l’importance au quotidien, et à écouter nos besoins.
Prendre soin de soi, c’est aussi inspirer les autres.
C’est donner l’exemple à notre entourage, à nos enfants.
Avez-vous vécu des expériences similaires ?
Avez-vous surmonté une épreuve ou fais la paix avec votre corps, quelques soient les circonstances, grâce aux soins ?
La médecine esthétique vous a-t-elle aidé ou libérée de certains complexes ?
Je lirai bien volontiers vos témoignages en commentaire, et je serais ravie d’en discuter.


Bonjour !
Je dois avouer que la lecture de ce texte m’a touché, il est vrai que c’est bien plus profond que ce qu’on pense. Toute la dimension psychologique, affective, d’introspection même…les soins, la beauté, ça m’a aussi beaucoup aidée dans des périodes compliquées surtout ces dernières années. Après pourtant m’être fait violence pour « déconstruire » tout ce qui attrait à la féminité mais je me suis un peu perdue en chemin. Sans doute aussi à cause du marketing qui a détourné le self care en un produit purement capitaliste et qui joue c’est vrai, sur les insécurités. Alors qu’à la base, c’est sensé nous faire du bien. Je suis super contente que vous suiviez Laurette, elle est adorable et tellement naturelle !
Belle soirée à vous et prenez soin de vous.
Meci
Bonjour
Je n’ai pas vu ta dernière vidéo youtube
Ou puis je la retrouver ?
Désolé de ce qui t’arrive en tous cas.
Elle est hors ligne, je la remettrai effectivement pour qu’elle soit visionnée en intégralité.